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On a beaucoup parlé des choix architecturaux qui ont
présidé à l’agrandissement du Palais
des congrès de Montréal. Les immenses espaces
intérieurs et les parois désormais très
colorées de l’édifice ont fait coulé
beaucoup d’encre. Le magazine Canadian Architect y a même
consacré une couverture et un article complet dans son
numéro d’octobre. Il est vrai que les façades
multicolores du bâtiment se démarquent
nettement des designs qui constituent l’essentiel
du paysage urbain canadien. Lorsqu’il s’agit d’un
bâtiment d’affaire situé à un carrefour
urbain où se rejoignent quatre quartiers on ne peut plus
disparates, le choix peut paraître encore plus curieux.
Et pourtant, c’est peut-être précisément
cette nécessité de créer un point de rencontre
entre ces influences très diverses qui a conduit les
architectes à composer cette mosaïque de
couleurs audacieuses. La façade multicolore
donnant sur la rue De Bleury évoque en effet à
la fois la polyvalence du Palais qui réunit des conférences
et des salons de toutes sortes et les multiples facettes de
la ville de Montréal et de son héritage historique
et culturel. Un style plus conservateur n’aurait fait
justice ni au charme victorien du Vieux Montréal, ni
aux ambitions avant-gardistes de Montréal. Sans parler
de la contradiction avec le style du quartier chinois qui n’aurait
pu être surmontée. Non, cette mosaïque de
couleurs qui nous attire sensiblement vers le 21ème siècle
et qui est à l’image de la diversité culturelle
du Canada était incontestablement le type d’approche
architecturale dont le Palais avait besoin.
Une fois passé l’éblouissement
causé par les reflets roses, bleus et chartreuse de la
façade donnant sur la rue De Bleury, on se rend compte,
à y regarder de plus près, que les architectes
ont su faire certains compromis et créer un palais dont
les abords savent eux aussi faire preuve de diversité.
Le côté faisant face à la rue St-Antoine
est d’un style beaucoup plus sobre que son vis-à-vis
plus coloré et met en avant de larges surfaces de granites
s’accordant relativement bien avec les bâtiments
historiques de style victorien et art déco. De même,
la façade s’ouvrant sur la rue St-Urbain a conservé
le style d’origine conçu par Victor-Prus.
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Toutefois, les
façades vitrées du Palais constituent sans l’ombre
d’un doute la signature architecturale la plus remarquable
de l’édifice. Par delà le concept de l’unité
issue de la diversité, elles symbolisent l'échange,
la communication et le passage, des thèmes parfaitement
adaptés à la mission du Palais des Congrès.
Même pour ceux que ce symbolisme laisse de marbre, ces
immenses baies vitrées ont un caractère extraordinaire.
Par une belle journée ensoleillée, les congressistes
peuvent, entre deux conférences, admirer les larges taches
de lumières qui recouvrent le sol, les escaliers mécaniques
et les murs des gigantesques halles du Palais. Les tons nuancés
des différentes couleurs évitent de donner au
tout un air féerique tout en créant une atmosphère
quelque peu irréelle.
Cette impression étrange qui s’empare de vous
lorsque vous visitez le Palais des Congrès pour la première
fois est renforcée par la taille exagérée
des couloirs et des halles qui n’exhibent le plus souvent
que la surface brute du béton et de l’acier. L’acier
est à l’honneur avec de très nombreuses
poutres et colonnes exposées qui viennent structurer
quelque peu le vide des grands espaces du nouveau Palais. Le
fini impeccable de la peinture blanche et matte de l’ensemble
et la forme unique des colonnes alvéolées qui
strient la verrière multicolore ont permis aux architectes
de donner à l’intérieur de l’édifice
un style aussi simple et novateur que ce qu’on peut voir
à l’extérieur. La taille impressionnante
des salles a également été rendue possible
grâce à l’utilisation de longues fermes d’acier,
dont deux fermes maîtresses de 11700 mm d’épaisseur.
L’utilisation de l’acier comme matériau privilégié
pour la superstructure de l’agrandissement du Palais aura
ainsi permis de réduire grandement le nombre de colonnes
nécessaires et de concevoir des salles gigantesques à
l’espace ininterrompu qui contribuent à l’atmosphère
si particulière des nouvelles parties du Palais.
Au-delà de toutes les interprétations que l’on
peut donner à l’approche architecturale du nouveau
Palais, force est de reconnaître que le nouveau style
n’est pas des plus accessibles. Comme certains ont pu
le dire du Centre Georges Pompidou à Paris, il n’est
pas impossible que la direction artistique ait été
influencée au moins autant par le désir des architectes
d’innover et de se faire plaisir que par les besoins des
utilisateurs. Toutefois, dans le cadre d’un Palais des
Congrès à vocation internationaliste, il était
important, comme l’a expliqué Michel Languedoc,
de se distinguer clairement des autres centres de conférences
Nord-américains en faisant valoir la créativité
artistique généralement associée à
la métropole québécoise. Et de ce côté-là,
c’est plutôt réussi comme en témoigne
par exemple le jardin d’arbres plastiques roses
bonbon conçu par l’architecte paysagiste
Claude Cormier. Après tout, lorsqu’un architecte
a la chance de pouvoir joindre l’utile à l’agréable,
il aurait tort de s’en priver !
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