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Ce qui s’est passé dans la petite communauté
de Baie-St-Paul en 2002 relève presque du conte de fée.
Telle une cendrillon moderne, la vieille usine BFCO qui avait
fabriqué des articles de cuisine, des palettes et des
panneaux en bois depuis les années 60 s’est transformée
sous le coup de baguette d’un groupe d’architectes,
d’ingénieurs et de fabricants en un hôtel
de ville des plus modernes qui fait maintenant la fierté
de Baie-St-Paul.
Il faut bien dire que la vieille usine n’avait plus vraiment
sa place au centre-ville. Située à proximité
de la nouvelle bibliothèque, de l’église
et de l’aréna, ce bâtiment industriel sans
aucune originalité jurait avec son environnement immédiat.
De forme rectangulaire à la base, habillé d’un
recouvrement de tôle peint en bleu pâle et couvert
d’une toiture à deux versants en bois blanc on
ne peut plus standard, le bâtiment n’avait aucune
chance de pouvoir s’intégrer à son voisinage.
Mais derrière cette apparence peu flatteuse se cachait
en fait une structure d’acier à toit plat
qui pouvait soutenir un édifice qui allait devenir le
nouveau bijou architectural de Baie-St-Paul.
Début 2002, une équipe d’experts mandatés
par le conseil municipal examine l’infrastructure de l’usine
BFCO et conclut que la charpente d’acier, bien que ne
répondant pas aux nouvelles normes de limites élastiques,
est en bon état et qu’un renforcement structural
peut être réalisé à peu de frais.
Cette récupération des composantes structurales
permettra à la ville de générer des économies
substantielles dans le cadre de ce projet et de s’inscrire
en outre dans une approche dite « environnementale ».
Il ne restait plus qu’à réunir une équipe
d’architectes et d’ingénieurs qui serait
capable de voir dans une structure couvrant un peu plus de 1000
m2 un hôtel de ville fonctionnel et moderne qui pourrait
ajouter un plus indéniable au paysage urbain de la communauté
de Baie-St-Paul.
Mais comme dans tout conte de fée, l’histoire
ne serait pas complète sans les difficultés que
nos héros ont eu à franchir avant d’atteindre
leur but. Suite aux conclusions des consultants engagés
par le conseil municipal, une contre-expertise de promoteurs
indépendants tente de démontrer qu’il est
impossible de récupérer un bâtiment aussi
laid et vétuste que l’usine BFCO et d’en
faire un lieu viable pour un hôtel de ville.
Après d’âpres discussions et quelques hésitations
bien compréhensibles, le conseil municipal finit par
mettre un terme aux débats et décide de faire
confiance à ses consultants. L’ancienne usine BFCO
est acquise pour 400,000 $ et les entreprises Anne Carrier Architectes
et Génivar Groupe-conseil sont sélectionnées
pour concevoir un nouvel hôtel de ville qui puisse
regrouper tous les services municipaux sous un même toit
et offrir à ses occupants une salle du conseil de plus
de 2000 pieds carrés.
Le défi des architectes est de taille puisque la structure
existante délimite la superficie à aménager.
En outre, le volume rectangulaire surmonté d’une
toiture en bois à deux versants n’est pas adapté
à l’image projetée du nouvel usage. Finalement,
l’éloignement du bâtiment par rapport à
la rue Forget peut nuire à la visibilité souhaitée
pour un hôtel de ville.
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Tout cela ne suffit
pas à étouffer l’enthousiasme créatif
des architectes et des ingénieurs qui voient toujours
dans ce vieil édifice la promesse d’un futur exaltant.
Le projet sélectionné requérra un investissement
total de 1.7 M $ pour la réfaction de l’ancienne
usine. Le défi principal consiste bien entendu à
réutiliser la charpente d’acier existante
sans compromettre la fonctionnalité du nouvel édifice.
Ce défi est relevé avec brio puisque la nouvelle
construction conserve l’intégralité de l’ancienne
structure d’acier qui avait été érigée
il y a de ça 40 ans!
A ce titre, ce projet constitue sans conteste un modèle
de réutilisation de charpente. Cette réussite
technique a été grandement facilitée par
la pérennité de la charpente d’acier de
l’ancienne usine qui n’a nécessité
que des renforts structuraux discrets et économiques.
Cet exemple confirme le caractère environnemental de
l’acier de charpente qui, en plus d’être fait
à 95% d’acier recyclé, peut être souvent
réutilisé d’un édifice à l’autre.
Il est évident que la réutilisation de l’acier
est d’autant plus facile que l’on est en présence
d’une conception architecturale imaginative, soucieuse
du passé, du présent et de l’avenir et jumelée
à l’expertise d’ingénieurs et de fabricants
soucieux de la qualité.
Dans le cas du nouvel hôtel de ville de Baie-St-Paul,
les architectes et les ingénieurs ne se sont pas contentés
de réutiliser l’intégralité de la
structure existante mais ont poussé le vice jusqu’à
mettre en valeur environ 60% de la charpente d’origine
au sein du nouvel édifice. Une fois la beauté
intérieure de la nouvelle bâtisse révélée
à travers une nouvelle enveloppe architecturale des plus
inspirées, il n’était en effet pas question
de tirer un trait sur son passé. Les architectes et les
responsables municipaux tenaient absolument à conserver
les traces du vécu de ce bâtiment.
Dans les mots mêmes de l’architectes, « la
juxtaposition d’une nouvelle structure légère
déposée sur l’ancienne structure apparente
permet de garder le souvenir de ce passé humble des bâtisseurs
de la ville. » Les clins d’œil au passé
de la ville ne s’arrêtent pas là. Les architectes
ont aussi conçu un voile de bois qui s’élève
sur le coin du bâtiment tel le chapeau des « messieurs
» du siècle passé se soulevant en guise
de salutations. En outre, le nouvel hôtel de ville est
construit sur le site exact de l’ancienne résidence
du premier seigneur de la région, ce qui constitue une
référence historique symbolique, quoique discutable,
pour ce nouveau lieu de décision.
Au final, la métamorphose de la vieille usine
en hôtel de ville fonctionnel et moderne a pu
se faire dans les budgets autorisés par la municipalité
et fait l’unanimité dans la communauté,
tant pour sa contribution significative à la requalification
du centre-ville de Baie-St-Paul que par ses qualités
fonctionnelles, architecturales et spatiales. Avec ce projet,
les commanditaires, les architectes, les ingénieurs et
les fabricants ont pu établir une nouvelle référence
en matière de récupération et d’architecture
dans Charlevoix en démontrant qu’il vaut mieux,
à la fois pour sa bourse et pour l’environnement,
savoir regarder au-delà des apparences. |
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